OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Joly flambe sur l’électricité http://owni.fr/2012/04/10/joly-flambe-sur-lelectricite/ http://owni.fr/2012/04/10/joly-flambe-sur-lelectricite/#comments Tue, 10 Apr 2012 16:55:03 +0000 Marie Coussin http://owni.fr/?p=105342 OWNI-I>Télé.]]>

L’écart est désormais plus que serré au pied du classement quotidien du Véritomètre, permettant de vérifier l’exactitude des déclarations chiffrées ou chiffrables des six principaux candidats à la présidentielle. Seuls 0,5 petits points séparent Nicolas Sarkozy (43,9 % de taux de crédibilité) de la lanterne rouge Marine Le Pen (43,4 %) alors que Jean-Luc Mélenchon conserve sa première place à 61,6 %.

Au cours des dernières 24 heures, l’équipe du Véritomètre a vérifié 62 citations chiffrées des candidats à l’élection présidentielle. Résumé des quelques faits qui ont retenu notre attention.

Joly s’électrise

Invitée de Bruce Toussaint sur Europe 1 le 9 avril, la candidate d’Europe-Écologie Les Verts a tenté de préciser les tarifs de l’électricité :

Le mégawatt heure c’est autour de 60 euros en temps normal.

Malheureusement pour Eva Joly, l’Observatoire des marchés de gaz et de l’électricité de la Commission de régulation de l’énergie ne comptabilise pas les tarifs “normaux” ; uniquement les tarifs de base et les tarifs de pointe qui s’établissaient respectivement, au dernier trimestre 2011, à 51 et 62 euros.

L’expression “en temps normal” évoquerait davantage le tarif de base, cependant, le chiffre mentionné par Eva Joly est très proche du tarif de pointe. Ses propos peuvent donc être jugés imprécis.

Au cours de la même interview, Eva Joly évoque également un tarif exceptionnel :

Nous nous avons acheté de l’énergie, en février, le 9 février, à 1 700 euros le MW/h.

Au cours du mois de février, la vague de froid sévissant en France a en effet entraîné une hausse importante du prix du mégawatt heure. Le prix du mégawatt heure a atteint une moyenne de 370 euros sur la deuxième semaine de février avec un record à 1 938 euros le jour évoqué par la candidate.

Eva Joly est donc correcte… sur la date, mais non sur le chiffre, qui s’éloigne de 12 % du prix effectivement payé pour un mégawatt heure le 9 février dernier.

L’Europe amoindrie de Nicolas Sarkozy

Lors de sa conférence de presse de présentation de programme, le 5 avril dernier, le président-candidat a notamment insisté sur un supposé record français :

La France est le seul pays occidental à n’avoir connu aucun trimestre de récession – le seul -, depuis le deuxième trimestre 2009. Aucun, absolument aucun.

Concernant l’absence de récession, les propos de Nicolas Sarkozy sont justes. Tout juste mais justes : depuis le second trimestre de 2009, la France oscille entre 0 % (second trimestre 2011) et 0,9 % de croissance, pour une moyenne de 0,34 % sur cette période. Par contre, elle est loin d’être la seule des pays européens à tenir ce record. La Suisse et la Pologne ont réalisé une performance similaire, avec des taux de croissance globalement bien meilleurs : 0,52 et 0,98 %.

François Hollande oublie les gendarmes

A plusieurs reprises, François Hollande a évoqué les coupes dans les effectifs des forces de l’ordre durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il affirme ainsi à Bondy le 26 mars :

Il y a eu 12 000 suppressions de postes de policiers depuis 5 ans.

A Boulogne-sur-Mer, le lendemain, 27 mars, il conserve son estimation, mais en y ajoutant les gendarmes :

Il y a eu 12 000 postes de policiers et de gendarmes qui ont été supprimés.

Et reformule exactement la même estimation, sous la forme interrogative, à Mont-de-Marsan, le 29 :

Qui a supprimé 12 000 postes de policiers ou de gendarmes depuis 2007 ?

Une récente correction bien inspirée. En effet, le projet de loi de finances 2012 (chapitre Sécurité) rapporté au Sénat fait le point sur les effectifs de la police nationale et de la gendarmerie : nombre de postes ETP (équivalents temps plein) ouverts pour 2012 et nombre de postes supprimés sur les dernières années. Ainsi, entre 2008 et 2012, 6 838 ETP de policiers ont été supprimés contre 5 504 en gendarmerie, soit un total de 12 342.

Quand François Hollande évoque “policiers et gendarmes” comme à Boulogne-sur-Mer et Mont-de-Marsan, ses propos sont effectivement corrects. Par contre, quand il oublie les gendarmes comme à Bondy son évaluation est surestimée de près de la moitié.


Les vérifications des interventions sont réalisées par l’équipe du Véritomètre : Sylvain Lapoix, Nicolas Patte, Pierre Leibovici, Grégoire Normand et Marie Coussin.
Retrouvez toutes nos vérifications sur le Véritomètre et nos articles et chroniques relatifs sur OWNI
Illustrations par l’équipe design d’Owni /-)

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Les data en forme http://owni.fr/2011/11/14/data-bible-ecube-politilines-marathon-opendata-bloomberg-haiti/ http://owni.fr/2011/11/14/data-bible-ecube-politilines-marathon-opendata-bloomberg-haiti/#comments Mon, 14 Nov 2011 07:26:53 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=86779 Qu’il ait été pour vous un cauchemar ou une fascination, vous avez forcément été confronté à un moment de votre vie à ce casse-tête addictif : le Rubik’s Cube. Cette semaine, nous vous proposons de vous replonger dans ce jeu de logique et d’équilibre, dans une version data aussi osée que prometteuse.

Le projet E-cube-Librium, développé par le mystérieux Damon, propose de visualiser la croissance des pays du monde et ses diverses composantes sous la forme d’un Rubik’s cube.

Sur chacune des six faces, Damon a positionné différents indicateurs (certains indicateurs se retrouvent sur plusieurs faces) selon trois piliers principaux :

  • Développement social : indicateur de développement humain (IDH), santé de la population, taux d’emploi,
  • Environnement : accès à l’eau, émission de CO2,
  • Développement économique : taux de croissance du PIB par tête, urbanisation, dépenses de santé.

La vision d’ensemble du cube permet donc de visualiser quels sont les secteurs les plus développés, et ceux pour lesquels il reste encore des efforts à faire. Et surtout, selon les règles d’équilibre relatives au Rubik’s Cube, chaque secteur est en corrélation avec un autre, pour avancer vers une croissance plus équilibrée : par exemple, le taux de croissance du PIB se retrouve relativisé avec les émissions de CO2.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Utilisant les données des Nations Unies sur le développement durable, Damon a réalisé la visualisation pour une douzaine de pays, sur les quatre périodes permises par les données : 1990-1995, 1995-2000, 2000-2005, 2005-2010. “A partir de ces visualisations et ces excroissances en 3D, il est facile de dessiner des connections et d’identifier visuellement quel facteur affecte l’équilibre du système global. Avec ce système d’E-cube, on peut commencer à faire tourner le puzzle dans le but de résoudre les équations ou en tout cas d’éviter qu’ils deviennent encore plus déséquilibrés” explique Damon sur son site.

On regrette juste que le travail graphique ne soit pas plus soigné et qu’une animation ne permette pas de mettre en scène les évolutions des cubes sur les quatre périodes. Mais le projet n’en est qu’à ses débuts…

Républicains et religieux

Après avoir joué avec les formes, jouons avec les mots.

L’analyse sémantique est un domaine que nous suivons de près à OWNI et deux projets particulièrement séduisants ont retenu notre attention dans ce domaine cette semaine.

Le premier s’intéresse à deux des plus grands best-sellers de tous les temps : la Bible et le Coran.

La société Pitch Interactive (dont le slogan est “Doing good with data”, “faire le bien avec les data”…) a voulu déconstruire les préjugés souvent associés à ces deux livres sacrés : par exemple que l’idée que le Coran soit un livre “violent” ou “de terreur”. Pour ce faire, ils ont analysé le contenu de la Bible et du Coran. Le résultat de leur recherche est présenté dans une application en HTML5, permettant de chercher une thématique et de comparer sa fréquence d’apparition dans les deux livres.

La référence et le contenu des versets qui citent tel ou tel sujet est indiqué, permettant ainsi de naviguer en profondeur dans les détails des livres et de re-situer chaque mot dans son contexte.

Pour chaque thématique est également présenté des données chiffrées : nombre d’occurrences, nombre de versets qui citent le mot, pourcentage de versets y faisant référence (ce qui a son importance, la Bible étant beaucoup plus longue que le Coran). Essayez sur TRUST (confiance), FORGIVE (pardon), ou PEACE (paix), le résultat est assez saisissant.

Le deuxième exemple s’applique au champ de la politique et sera à suivre pendant les prochaines semaines : le projet “Politilines” a pour ambition de visualiser les mots utilisés lors des débats pour les primaires républicaines. Cette application met en relation les mots les plus prononcés, les sujets auxquels ils se rapportent et les candidats qui les ont le plus utilisés, le tout dans une navigation très simple. Pour les plus curieux, la méthode est précisée dans l’onglet “Methods and source”.

Transportons-nous

Il y a deux semaines, nous vous parlions dans les Data en forme du concours lancé par CheckMyMetro et l’agence Creads pour la création d’un nouveau plan du métro. Le concours est terminé et les différentes créations peuvent être consultées ici. Vous avez jusqu’au 21 novembre pour voter pour votre carte préférée. Plusieurs dizaines de projets ont été soumis, quelques uns ont attiré notre œil :

  • une carte géolocalisée (les stations sont à leur emplacement exact les unes par rapport aux autres), qui prend en compte également les distances de quai à quai quand on doit faire un changement, utilisable par les daltoniens, et qui conserve (presque) les couleurs des lignes officielles de la RATP, élément de repère essentiel.
  • une carte végétale, quand les lignes de métro se voient pousser des feuilles

Ensuite, vous cliquerez vers cette application pour rêver, une fois de plus, à tous les services qui pourront voir le jour quand les données de la SNCF ou de la RATP seront ouvertes… Cette app néerlandaise, à la façon de l’appli Locomote développée par Isokron à Rennes, permet de visualiser les distances en transports en commun d’un point à l’autre du pays. Une granularité dans les choix et un très joli travail de design rendent cette application particulièrement réussie.

Il ne faut pas croire que les data ne s’intéressent qu’aux transports en commun. La course à pied peut aussi être un sujet, ou tout du moins constituer une porte d’entrée pour un sujet data. La preuve par ce sujet du New York Times. Dans les bureaux de Paule on s’est partagé le lien avec ce petit commentaire en accompagnement : “Bon, bah c’est le New York Times quoi…”. Comprendre : une idée brillante et pertinente, une réalisation simple, esthétique et efficace. Le genre de projets qui nous rend jaloux.

Leurs journalistes se sont fait la réflexion que depuis 1976, le parcours du marathon de New York, n’avait pas évolué. A l’inverse des quartiers foulés et des zones traversées. Notamment en termes de revenu moyen et de diversité ethnique. Ces journalistes ont donc représenté ces évolutions au moyen d’une dataviz vidéo, montrant sur une carte le tracé du marathon et pour chaque critère (revenu moyen, présence de Noirs, Blancs, etc.), la courbe se situe au-dessus ou en-dessous du tracé du marathon suivant que les données ont cru ou décru.

Restons à New York (en partie) : le mouvement Occupy Wall Street continue et nous fournit chaque semaine un traitement data intéressant. Cette semaine, c’est le travail de Jenn Finnäs qui nous a interpellé. Il a répertorié sur une carte et sur un calendrier le nombre de mouvements, dans le monde, se réclamant de cette manifestation. Et surtout, il explique comment il a fait : se basant sur les données du site meetup.com qui coordonne le mouvement, un script en ruby et un petit travail de mise en forme ensuite, et hop, une joli visu sur le web.

A signaler également l’intiative du Guardian de recenser les différentes mouvements par le crowdsourcing.

Le point Open Data à la mi-journée

La Norvège a lancé cette semaine son portail d’Open Data. Comme il n’existe pas de version anglaise, nous laisserons le soin à nos lecteurs norvégiens, s’il en existe de nous faire un retour sur le contenu du site…

Cette initiative devrait en tout cas probablement permettre à la Norvège de figurer en bonne place dans le classement de l’Open Government réalisé par l’entreprise Digital Daya (spécialisée dans l’accompagnement des décideurs dans leur action et dans l’utilisation des outils du web – réseaux sociaux, plates-formes, etc.).

Le résultat est graphiquement très moyen, mais réalisé avec StatPlanet, un outil de visualisation en ligne gratuit et le contenu est quant à lui plutôt puissant. Pour chaque pays du globe, Digital Daya évalue leur niveau sur deux critères : le statut d’ouverture du gouvernement (fermé, éligible, ouvert) et ses capacités en termes de gouvermement 2.0 (sans activité, novice, doué, faisant autorité). Un bon tour d’horizon du niveau d’ouverture des gouvernements dans le monde.

Autre réalisation dans la philosophie de l’Open Data, Haiti Aid Map recense et géolocalise les projets d’aide lancés en Haïti suite au tremblement de terre de janvier 2010. Les données peuvent être recherchées par commune, par secteur, ou encore par organisation. Chaque projet comporte une description, un calendrier, le budget et un point sur les personnes qui financent le projet. Toutes les données sont exportables en csv, en xml ou en excel.

Pour Noël, offrez-vous votre dashboard data

Bloomberg s’est offert une pleine page d’accueil dédiée aux data (les siennes essentiellement), pour un rendu néanmoins bien sympa. Il est à parier que cette initiative fera de très nombreux petits à travers le monde.


Retrouvez tous les épisodes des Data en forme !

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Exclusif: Internet a créé 25% des emplois en France depuis 1995 http://owni.fr/2011/03/08/exclusif-internet-a-cree-25-des-emplois-en-france-depuis-1995/ http://owni.fr/2011/03/08/exclusif-internet-a-cree-25-des-emplois-en-france-depuis-1995/#comments Tue, 08 Mar 2011 18:29:49 +0000 Jean Marc Manach http://owni.fr/?p=50374

Que représente le secteur Internet dans l’économie française ? Comment évaluer la contribution réelle d’un secteur qui n’est pas défini comme tel dans les statistiques nationales ?

Pour répondre à ces questions, le cabinet américain McKinsey & Company a réalisé, avec le soutien de Google, un rapport sur l’“Impact d’Internet sur l’économie française”, sous-titré “Comment Internet transforme notre pays“.

Contacté par OWNI, McKinsey nous a répondu que le rapport devait être rendu public, sur internet-impact.fr, ce mercredi 9 mars à minuit. Nous avons réussi à nous le procurer entre-temps, et ne pouvons pas résister à vous en révéler les principaux enseignements.

Internet a permis la création d’1,15 millions d’emplois

Dans sa présentation, McKinsey avance que “la contribution d’Internet, qui pèse 60 milliards d’euros dans l’économie française, soit 3,2% du PIB en 2009, contribue plus que d’autres secteurs de l’économie tels que les transports, l’énergie, l’agriculture, la finance ou encore le commerce” :

Au delà de cette contribution directe, Internet est responsable d’un quart de la croissance française entre 2004 et 2009.
McKinsey estime qu’en 2015 la part du secteur Internet dans le PIB français pourrait s’élever à 5,5%, contre 3,2% aujourd’hui.

Internet aurait ainsi :

  • créé plus de 700 000 emplois, soit 25% des emplois créés en France depuis 1995,
  • induit le déplacement de plusieurs emplois : en net 2,4 emplois ont été créés pour 1 emploi réalloué,
  • au total, Internet a permis la création d’1,15 millions d’emplois, soit 4,2% de la population active,
  • 28% de ces emplois ont directement été créés par les acteurs de l’Internet.

Internet pourrait représenter ¼ de la progression du PIB

Au sein de cette contribution, note le rapport, la consommation domestique privée (accès Internet fixe et mobile, achats de biens et services sur Internet…) représente “32 milliards d’euros, soit plus de la moitié de la contribution au PIB, dont 25 milliards uniquement pour les dépenses de e-commerce“.

De plus, si la publicité en ligne a représenté 2,5 milliards d’euros, en 2009, “28 milliards d’euros d’achats en magasin ont été effectués suite à une recherche d’informations sur Internet“.

Le rapport estime également qu’en 2010, la “valeur des services gratuits (financés par la publicité)” sur Internet est évaluée à 7 milliards d’euros par les internautes français, soit 11% des dépenses TIC et média, et que “par ailleurs, Internet a généré 2,5 milliards d’euros d’économie pour le consommateur

Internet pourrait créer 450.000 emplois à l’horizon 2015

Le rapport met en avant les marges de progression, en s’appuyant sur les exemples à l’étranger (Etats-Unis, Royaume-Uni, pays scandinaves). Internet pourrait :

  • contribuer au quart de la croissance française des trois prochaines années
  • créer 450.000 emplois à l’horizon 2015
  • et représenter 5,5% du PIB (129 milliards d’euros)

Les experts de McKinsey soulignent plusieurs freins à la croissance numérique, à commencer par celui des PME, qui ne se servent pas assez d’Internet. A titre d’exemple, moins de la moitié des petites et moyennes entreprises (47%) possèdent un site Internet. Autre constat : le secteur public ne s’implique pas assez. Le rapport souligne la nécessité de prolonger le plan France Numérique 2012 initié par Eric Besson lors de son premier passage à l’économie numérique, en incitant les acteurs privés à renforcer les infrastructures.

Les auteurs du rapport ne le disent pas, mais ont du penser très fort que ces enjeux méritent de figurer parmi les principaux thèmes de la campagne présidentielle de 2012.

Téléchargez le rapport McKinsey, ainsi que la plaquette des chiffres clés.

Image CC flyzipper.

MaJ 22h30 : correction du sous-titre du rapport, “Comment Internet transforme notre pays“, et non “avec le soutien de Google” + mention du fait que McKinsey nous avait demandé d’attendre minuit… sauf qu’on l’a trouvé avant ;-)

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Bonne résolution pour 2011 : guérir l’économie de la maladie de la croissance http://owni.fr/2010/12/31/bonne-resolution-pour-2011-guerir-leconomie-de-la-maladie-de-la-croissance-decroissance-crise-pib-ecologie/ http://owni.fr/2010/12/31/bonne-resolution-pour-2011-guerir-leconomie-de-la-maladie-de-la-croissance-decroissance-crise-pib-ecologie/#comments Fri, 31 Dec 2010 16:19:04 +0000 Stanislas Jourdan http://owni.fr/?p=37458 A l’exception notable d’une branche d’Europe Ecologie, l’ensemble de la classe politique positionne ses programmes politiques dans des objectifs de recherche de la croissance économique. La croissance est ainsi vue comme le seul moyen de résoudre le chômage, de rembourser les colossales dettes publiques, et de réduire les inégalités.

Pourtant, alors que nous ne sommes qu’à l’aube d’une nouvelle crise financière, notre espérance de croissance a-t-il jamais été aussi faible ? Et alors que de plus en plus de voix se lèvent pour prôner la décroissance, n’y a-t-il pas des raisons légitimes de croire que le capitalisme arrive à la fin d’un cycle expansionniste ?

Après m’être attaqué il y a quelques semaines au mythe du plein emploi, c’est donc le mythe du retour de la croissance qu’il faut aujourd’hui abattre pour construire le monde de demain.

Quand la croissance ne permet plus de rembourser les dettes…

Tout d’abord, commençons par analyser la conjoncture actuelle. Les rocambolesques « sauvetages » de la Grèce ainsi que de l’Irlande nous présagent un avenir bien sombre sur l’ensemble de l’Europe. De quoi s’agit-il exactement ? Ce n’est pas aussi compliqué que cela puisse paraitre, et je vais en tout cas essayer de résumer la situation.

Les états européens accumulent les déficits publics depuis 30 ans. Pour se financer, ils se sont endettés sur les marchés en émettant des obligations (= des dettes à moyen terme). Qui achète ces obligations ? Essentiellement les banques, assurances et autres investisseurs de nos propres pays, parfois même des investisseurs étrangers (la Chine par exemple). Pourquoi le font-ils ? Parce que les états sont théoriquement des agents qui ne peuvent pas faire faillite, donc les obligations sont réputées « sans risque », la bonne affaire quoi!

Sauf que la crise financière des subprimes de 2008 a accéléré l’endettement des états, qui ont perdu leurs dernières plumes dans des plans de relance coûteux et inefficients. Du coup, ceux-là même (les banques) qui achetaient les yeux fermés les obligations d’état se sont levés un bon matin en réalisant que l’état grec n’était plus en état de payer. Ils se mettent donc à revendre massivement leurs titres, provoquant ainsi une panique et une hausse des taux des obligations vers 12-13% voire plus, ce qui signifie que la Grèce ne peut tout simplement plus financer son fonctionnement : c’est la faillite.

Afin d’éviter cela, l’Union européenne a décidé de créer un fond de stabilité, qui permet à l’UE de racheter des obligations grecques pour rassurer le marché et financer la Grèce à un coût raisonnable.

Le problème, est que la Grèce, bien que dans une situation exceptionnelle, n’est pas un cas isolé. Répétez le scénario au cas de l’Irlande (fait), de l’Espagne (ça arrive…), du Portugal, de la Belgique, de l’Italie et de la France, et vous comprendrez alors que la sphère financière est comme une épée de Damoclès au dessus de l’économie européenne. Notre espérance de croissance est complètement hypothéquée par les marchés. Combien faudrait-il de milliards d’euros pour sauver tous ces pays surendettés ? Certainement trop…

Mais d’ailleurs, quand bien même le fond de stabilité permet de remettre à flots les pays qui en ont besoin, il n’est pas du tout certain que cela suffise à remettre ces pays « dans le droit chemin ». Car la contrepartie de l’aide de l’Europe, c’est la mise en place de plans de rigueur. Or ces plans vont naturellement freiner la croissance par la baisse du pouvoir d’achat. Concrètement, un pays comme la Grèce n’a que 2 options : entrer dans la déflation afin de relancer sa compétitivité à moyen terme (comme le suggérait Dominique Strauss-Kahn) ; ou au contraire provoquer de l’inflation, ce qui permet de faire « fondre » la dette souveraine. Mais dans tous les cas, la  croissance à court terme est très fortement compromise par les deux scenarii ! Or, en absence de croissance, comment feront les états pour rembourser les nouvelles obligations émises (et leurs intérêts !) ??!

Bref, vous l’aurez compris, nous sommes loin de la « reprise » que nous promettaient nos dirigeants il y a quelques mois.  Mais la vérité est plus profonde que cela. Ce que nous rappelle cette crise, c’est que depuis les années 80, nous avons endetté toujours plus massivement encore la société (citoyens, entreprises et états confondus) pour tenter de stimuler une croissance inexistante et ainsi retrouver le plein-emploi. Mais cette croissance n’était que virtuelle, car, étant sans cesse dans l’impossibilité de rembourser les intérêts de la dette (vu que la croissance n’était pas suffisante…), son coût était sans cesse repoussé par de nouveaux emprunts… Après la crise de 2008 « sanctionnant » le niveau excessif des dettes privées, c’est aujourd’hui les dettes publiques qui se trouvent dans le collimateur de la méfiance des marchés. La boucle est bouclée…

La morale de cette histoire, c’est que le surendettement généralisé du système ne peut plus continuer. Nous touchons aux limites du système, la fin d’un cycle : nous devons nécessairement trouver d’autres moyens de financer l’économie (en reprenant par exemple la souveraineté de la création monétaire – perdue depuis Maastricht). Mais en attendant, il faut bien que quelqu’un paie… !

… ni de créer de l’emploi

Nous venons de voir comment, derrière une crise en apparence conjoncturelle, notre espérance de croissance à court et moyen terme avait été anéantie par la  sphère financière. A présent, analysons comment les autres fondements de la croissance économique du XXème siècle sont remis en cause : les ressources naturelles et la démographie.

Ce n’est un secret pour personne, notre économie repose en grande partie sur la consommation de matières premières dont les réserves naturelles sont par nature limitées : le pétrole, le cuivre, le gaz, le charbon, l’uranium etc. Sans ces ressources là, nous serions incapables de produire et marchander autant qu’aujourd’hui. Certes, personne ne peut prétendre savoir quand nous serons à court de ces-dites ressources, mais nous savons tout de même que nous ne pourrions soutenir les besoins planétaires si le reste du monde avait le même niveau de vie moyen que celui des citoyens des pays développés. Autrement dit, dans l’état actuel, si la croissance de pays comme la Chine et de l’Inde continue, elle se heurtera nécessairement au manque de ressources planétaires (ce qui nuirait alors à la croissance mondiale).

D’autre part, nous savons que la population des pays développés est vieillissante et que notre population ne croît aujourd’hui que grâce à l’immigration. Qu’en sera-t-il à l’avenir ? Il est fort probable que la population actuellement stagnante va diminuer, réduisant de fait la consommation domestique (qui est le principal moteur de la croissance française de ces 15 dernières années…) Dans les pays du Sud qui n’ont pas achevé leur transition démographique (l’Afrique surtout), la population augmentera encore pendant quelques décennies, alors même que l’on ne sait même pas comment nourrir les populations existantes. Les capacités de production risquent de ne pas subvenir aux besoins des prochaines générations.

Tout semble donc indiquer que notre système économique n’est pas viable dans ces conditions. En fait, la notion de croissance (sous-entendu : illimitée) risque de se confronter à la réalité des limites de notre planète dans laquelle la plupart des ressources ainsi que la population ne peuvent pas être illimités. Nous avons tendance à l’oublier, mais la croissance des 50 dernières années a été exceptionnellement exponentielle. Il ne serait donc pas « anormal » qu’elle ralentisse fortement au XXIème siècle. Comme le suggère le graphique ci-dessous (déniché ici), nous ne ferions qu’entrer dans une nouvelle péridode : la phase de stabilisation de la croissance :

Que nous réserve un avenir sans croissance ? Avant de tenter d’en projeter quelques pistes, faisons tout d’abord la critique du modèle de croissance. La croissance n’est qu’une représentation statistique de l’expansion de l’économie. On sait bien que le PIB n’est pas du tout représentatif du bonheur d’une population. C’est évident, mais toujours bon à rappeler : si la croissance ne profite qu’à 10%, et appauvrit les 90% restants, alors à quoi bon la rechercher ?

Et c’est malheureusement à peu près ce qui se passe en France depuis les années 80.

D’une part, on constate que le lien entre croissance et emploi s’est affaibli. Autrement dit, la croissance économique n’est pas nécessairement créatrice d’emploi, notamment en raison des gains de productivité comme je l’expliquais dans mon dernier article, étroitement lié à l’augmentation du travail à temps partiel subi. Nous assistons donc à une « croissance sans emploi ».

Source : Rapport Insee : Le contenu en emplois de la croissance française (pdf)

Par ailleurs, nous savons également que la croissance des 30 dernières années est marquée par un partage déséquilibré de la valeur ajoutée entre capital et travail qui est la conséquence directe d’un rapport de force défavorable aux travailleurs (en raison du au chômage). Ce rapport est stabilisé à environ 67% depuis 1985 au lieu de 72% auparavant.

Pas grand chose me direz-vous, sauf que dans le même temps, la rémunération du travail a progressé très faiblement, à un rythme moins élevé que la croissance de la valeur ajoutée (0,7% pour les salaires contre 2% d’augmentation de la VA). Cette stagnation, couplée à une inflation (même sous contrôle), entraine naturellement une baisse du pouvoir d’achat dont plus d’un se plaint aujourd’hui. Cependant, plutôt que de se cantonner au clivage classique « actionnaires vs. salariés », n’oublions pas que la valeur ajoutée partageable est aussi plombée par le poids des cotisations sociales. Il résulte donc en partie d’un choix de société : une large couverture sociale en échange de moins de pouvoir d’achat.

Source : rapport de l’Insee : Partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunérations en France (pdf)

Enfin, autre point à noter, la croissance économique ne tient pas compte des externalités négatives qu’elle commet. Ainsi, lorsqu’une entreprise pollue une rivière, ou qu’un secteur crée à lui seul une crise économique (suivez mon regard…) il contribue tout de même à la croissance. Pire, lorsqu’une autre entreprise dépollue, son activité génère également de la « croissance »… Je vous laisse imaginer ce que cela donne lorsqu’une seule entreprise fait les 2 activités (exemple de l’industrie de l’armement qui conçoit à la fois les mines anti-personnelles et les appareils de déminages…).

Pour conclure, malgré la croissance économique des 30 dernières années, il semble que les inégalités se soient creusées tout en remettant en cause la soutenabilité de l’environnement pour les générations futures. La croissance, n’est donc pas forcément positive en soi. Si elle ne profite qu’à certaines populations, au détriment d’autres, alors la croissance peut même avoir un effet nul sur le progrès d’une société. Sommes-nous en arrivé là ? Difficile de trancher en l’absence d’indicateurs précis sur ce sujet. Et puis surtout, on peut également objecter que la situation serait pire sans croissance. Cela est peut être vrai pour la période qui s’achève, mais qu’en est-il de la période à venir ? N’y a-t-il pas des moyens de faire progresser la société sans croissance économique ?

Puisque les fondements de la croissance économiques sont aujourd’hui abbatus, allons nous alors vers la catastrophe ? L’économie va-t-elle se réduire, nos niveaux de vie diminuer ? Allons nous donc vers la décroissance absolue, ou assistons nous simplement à une transition vers un autre paradigme économique?

De l’accaparement au partage : remettre l’économie dans le droit chemin

Le paragraphe précédent nous permet déjà de relativiser ces craintes : la croissance n’a de toute façon jamais permis de résoudre tous les problèmes. Au contraire, elle les a parfois aggravé. Mais outre cela, il faut nuancer le concept « décroissance ». Il ne s’agit en aucun cas d’une décroissance absolue : certains secteurs d’activités, zones géographiques continueront de croitre.

Par exemple, la pénurie prochaine de ressources naturelles nous incitera à trouver de nouveaux moyens d’économiser ou de recycler les matières premières : il faudrait faire plus avec moins, alors que le capitalisme se contentait de l’efficacité, nous devrons rechercher l’efficience. L’économie aura pour salut les gains de productivité qui seront source de croissance dans les secteurs qui en vaudront la peine (mais ce type de croissance ne sera pas créateur d’emploi, au contraire).

Par ailleurs, comme le notait Thierry Crouzet dans sa relecture de Paul Ariès (un des promoteurs de la décroissance), si les ressources physique sont effectivement limitées, le monde de l’immatériel, lui, ne l’est absolument pas. Ainsi, on peut aisément imaginer qu’à l’heure de la société de la connaissance, nous verrons apparaitre de nouvelles formes de croissance. L’économie de l’abondance, de la gratuité, des modèles open-source… voilà déjà des exemples de création de valeur émergents qui semblent échapper aux logiques économiques traditionnelles ! La valeur de wikipédia pour la société est incommensurable, pourtant sa contribution au PIB n’apparait dans aucune ligne de compte !

Au terme de « décroissance »,  je privilégie donc le terme de « post-croissance » car il sous-entend davantage l’arrivée d’une nouvelle ère, d’un nouveau paradigme : celui où la croissance économique n’est pas au centre du système.

Car finalement, le problème de notre système, c’est justement que sans croissance, il part en vrille : le chômage, les dettes, la finance etc… Nous avons construit une société dont la croissance est à la fois le moteur et le talon d’Achille. C’est donc précisément de cette relation de dépendance qu’il faut s’échapper. L’économie post-croissance, ce serait donc une économie qui permette de continuer à progresser quel que soit le niveau de croissance. Et vous serez peut être surpris, mais c’est possible.

Peter Victor, économiste canadien et auteur de Managing Without Growth a réalisé un logiciel permettant de faire des simulations économiques sans croissance (ou très peu) à partir de différentes hypothèses d’investissement, de consommation, de gains de productivité etc. Ses conclusions aboutissent à l’édification de plusieurs scénarios possibles, tous très différents : catastrophiques autant que positifs. La question n’est donc pas tant de savoir si notre société peut survivre sans croissance, mais de déterminer ce qu’il faut mettre en œuvre pour que cela soit possible !

Sur la base des meilleurs scénarios qu’il a trouvé, Peter Victor propose les directives suivantes :

  • soutenir massivement et directement les populations les plus pauvres ainsi qu’une meilleur répartition des richesses en général (moins de « super-riches ») ;
  • investir dans la production de biens publics plus que des « positional goods » (biens de consommation ostentatoires), ainsi que des investissements de productivité ;
  • Dans l’idéal, les balances commerciales devraient être nulles (exports = imports).
  • la population doit stagner.
  • l’établissement de quotas d’utilisation des ressources naturelles ou de production d’externalités négatives.

Ces politiques sont loin d’être hors de portée. Des mesures comme le revenu garanti minimum associé à un système monétaire à dividende universel, les monnaies complémentaires, ou encore la réforme de la fiscalité, l’extention du domaine de la gratuité, sont des exemples de mesures concrètes et réalisables qui s’inscrivent parfaitement dans cette perspective.

Malheureusement, il semble que l’on soit en train de prendre une direction tout à fait opposée. Accrochés à leurs vieux dogmes obsolètes, les politiques vont continuer à nous vendre leur soupe à la croissance pendant un certain temps encore.  Ils empireront encore plus la situation comme ils le font actuellement en essayant de sauver le système financier.

La crise de la dette souveraine qui vient va faire mal, très mal. Nous pouvons tout juste espérer qu’elle fera surtout mal aux « bonnes personnes » (i.e. les plus riches) et qu’elle sera le coup de fouet salutaire qui nous forcera à changer nos mentalités et nos comportements… Mais dans tous les cas, les 10 prochaines années risquent d’être longues avant que l’on entre enfin dans le XXIème siècle.

Sources des graphiques et autres données statistiques :
Le contenu en emplois de la croissance française (rapport Insee)
Partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunérations en France (rapport Insee)
Consultez aussi mon pearltree sur la décroissance

Article initialement publié sur Tête de quenelle sous le titre La croissance économique est au bout du rouleau.

Photos FlickR CC Anne Oeldorf-Hirsch ; killthebird ; The US National Archive ; Josep Tomas.

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Hans Rosling: des legos, des données, le futur? http://owni.fr/2010/04/03/hans-rosling-des-legos-des-donnees-le-futur/ http://owni.fr/2010/04/03/hans-rosling-des-legos-des-donnees-le-futur/#comments Sat, 03 Apr 2010 21:00:51 +0000 Media Hacker http://owni.fr/?p=11576 Cliquer ici pour voir la vidéo.

Vidéo sous-titrée en français disponible ici

Hans Rosling est professeur de santé publique internationale à l’université d’Uppsala, en Suède. Dans cette vidéo pour le projet “2020 Shaping Ideas” lancé par la marque Ericsson, il exprime la théorie selon laquelle un rééquilibrage mondial des niveaux de vie est à l’oeuvre , et qu’il va se poursuivre. Les disparités gigantesques qui existent entre les niveaux de vie à l’échelle mondiale sont pour lui la conséquence des guerres, d’une mauvaise gouvernance, et d’un état d’esprit propre aux Etats-nations qui voudrait que certains Etats soient plus égaux que d’autres. La solution? Un renforcement des pouvoirs de l’ONU afin de mettre en place une véritable gouvernance mondiale qui encadrerait les échanges marchands. Le scientifique maintient que c’est possible, et on a envie de le croire, malgré nos références crypto-gauchistes (je parle pour moi). Hans Rosling est reconnu pou ces multiples interventions au cours des fameuses conférences TED, et c’est là qu’interviennent les legos. Féru de statistiques et cherchant à les représenter de la manière la plus pertinente qui soit, il a gratifié ses auditeurs de morceaux d’anthologie dans la visualisation de données, dont celui-ci (en anglais, vost disponible chez TED):

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Et comme on se pose des questions sur la visualisation de données en ce moment, il semble intéressant de revoir ce que le monsieur avait bricolé pour comparer les statistiques des morts de la grippe A et celles de la tuberculose, en lien avec leur couverture médiatique respective:

Cliquer ici pour voir la vidéo.

— > Vidéo dénichée par @sabineblanc, fan de lego devant l’éternel, sur gapminder, et traduite par mes soins.

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Naissance de l’abondance matérielle http://owni.fr/2010/01/02/naissance-de-labondance-materielle/ http://owni.fr/2010/01/02/naissance-de-labondance-materielle/#comments Sat, 02 Jan 2010 15:18:09 +0000 zoupic http://owni.fr/?p=6647 Dans le billet précédent j’évoquais comment apprendre à gérer l’abondance par rapport à la gestion de la rareté pour laquelle nous avons été plus aidés et entraînés. Une de mes conclusions, était, pour les créateurs de se relier directement avec leurs publics, les canaux de copie, multiplication, distribution très peu coûteux, faisant sauter un bon nombre d’intermédiaires par rapport à l’économie physique.

Si à l’époque de l’industrialisation, le rapport de force était en faveur de celui qui a l’argent pour acheter la machine, puis en faveur de celui qui a le réseau et le matériel pour produire et distribuer les disques dans les 50 dernières années, aujourd’hui ce rapport de force vient de s’inverser en faveur des créateurs.

Création — Transformation — Mise en adéquation avec le marché: retouches et modifications — Transport / Distribution — Réception

Voici en gros la chaîne de développement d’une idée dans le monde physique. Avant toute chose, il faut qu’elle passe l’épreuve du feu de la rentabilité. Si ce n’est pas rentable ou s’il n’y a pas de marché elle n’a que peu de chance de voir le jour. Dans ce monde, ce sont les intermédiaires qui font le plus gros du travail en faisant les allers retours entre le créateur et le marché, pour aligner l’offre et la demande: créer une offre qui stimule ou réponde aux besoins du marché et créer un marché qui réponde aux besoins de l’offre et absorbe et rentabilise l’investissement.

L’offre crée la demande, la demande crée l’offre

Le produit n’a plus beaucoup d’importance tant que vous arrivez à joindre les deux bouts: créer une demande, créer l’offre qui va avec, faites le lien et hop, encaissez. Le marketeur peut alors avoir des idées géniales sur comment implanter, développer un produit à un endroit où le public en aura besoin. Inversement il peut créer le besoin d’un public à un endroit pour y introduire un produit. Pour lui, ce qui importe n’est pas l’ordre ni la façon de procéder mais bien le lien entre offre et demande et la rentabilité de ce lien: récupérer plus d’énergie que ce qui a été investi. C’est une des rares conditions qui permettent aux idées de traverser l’épreuve du feu et de devenir réalité: la rentabilité financière.


Offres (idées / produits) —– Intermédiaire (marketeur) —– Demandes (consommateur / marché)

La naissance de l’abondance matérielle

La valeur, l’unicité, l’originalité, le savoir-faire des produits ont fortement diminué lorsque l’industrialisation a remplacé nos artisans. Lorsque des machines ont remplacé l’humain, une part de l’amour et de l’attention consacrée par les humains a disparu. A la place cette énergie et attention ont été déplacées à d’autres niveaux: le designer qui fait le plan de l’objet, l’architecte qui fait le plan de la machine, et l’ouvrier qui va prendre soin de la machine. D’autre part, c’est dans la production en masse qu’on a perdu en diversité et en originalité en acceptant d’avoir tous le même produit d’usine.

Quand on se rappelle Les temps modernes, on découvre où a disparu cet amour et cette attention que chaque produit soit parfait, on l’a remplacé par la vitesse et le gain de temps. D’un qualitatif, on est passé sur du quantitatif, la qualité des produits baisse mais on en fait plus.

Les temps modernes – Augmentation de la productivité

Ensuite une fois nos marchés saturés, ou plutôt, une fois l’abondance matérielle ayant inondé nos marchés, il a fallu se différencier et repasser sur du qualitatif. Comment faire la différence entre deux produits qui sont tous les deux issus de machines et produits à la chaîne sans rentrer dans les détails techniques peu intéressants pour l’utilisateur final?

Le retour du créatif, de l’artiste.

Après avoir rendu triste et froide la chaîne de production machine, peu attirante et une fois la vague d’abondance matérielle absorbée, il a fallu remettre des couleurs pour que ça brille et surtout pour continuer de vendre. Pour cela, il faut des idées, du talent, de la réflexion et du temps. On réinjecte de l’amour et de l’énergie dans la machine pour continuer d’alimenter le lien entre l’offre et la demande. Puisque nos machines peuvent produire beaucoup, et des produits sophistiqués expliquons les bienfaits de nos produits pour permettre à une nouvelle frange de la population d’en bénéficier.

C’est lorsque nous avons eu l’abondance matérielle que nous avons commencé à nous différencier les uns les autres. Comment? ceux qui suivent auront deviné la naissance de la publicité. Vous n’achetez plus seulement un produit, mais vous adhérez à des valeurs, vous achetez un rêve, une histoire qui fait de ce produit un produit meilleur. Vous achetez le produit mais vous acceptez également d’en devenir le représentant, vous portez ses valeurs, son histoire et cela fait de vous quelqu’un de spécial. Cette histoire peut-être vraie, mais elle peut aussi être inventée et marketée pour correspondre à vos goûts et couleurs. Entre l’offre et la demande, parfois on ne sait plus trop lequel a engendré l’autre.

L’offre abondante matérielle a généré une demande matérielle importante. Nous nous sommes habitués au confort matériel. Au détriment de notre harmonie avec la nature, de notre proximité avec elle et de sa santé.

Pire, avec leurs chaînes de télévision et canaux de communication multiples les occidentaux ont diffusé notre modèle sur toutes les ondes, créant ce que le sociologue américain Veblen appelle la classe des loisirs en 1889, l’occident est considéré comme modèle et fait la démonstration d’un modèle de démarcation ostentatoire. Veblen explique que la consommation passé un certain stade ne sert qu’à se démarquer des autres soit par le gachi du temps ou celui des biens.

Donc aujourd’hui, que ce soit alimentaire, matériel, au niveau du confort, des technologies, des industries, des procédés, on a tout ce qu’il faut pour potentiellement apporter le bien être à tous les humains de cette planète.

Qu’est-ce qui nous empêche de le faire?

Billet initialement posté sur le blog de zoupic.com

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